Il était toujours plein. Il rendait bien des services aux gens. Qui venait y acquérir des bouts papier à lécher. Qui y allait retirer un pli, annonciateur tantôt de bonne nouvelle tantôt de gros pépin. Qui entrait y envoyer un peu d’argent à sa famille. Qui s’y rendait pour y prendre de quoi acheter à manger à ses bambins ou y adresser le loyer de son logement…
Aujourd’hui, j’ai appris qu’il fermerait ses portes définitivement le 25 février 2008. Je parle de l’unique bureau de poste de Cureghem, rue Ropsy Chaudron, à Anderlecht.
J’adresse ici une pensée aux employés sympathiques et le plus souvent patients, y compris pour aider les personnes qui ne savent pas écrire et donc remplir un formulaire ou qui ont du mal à s’exprimer dans l’une de nos langues nationales (utile dans un quartier multiculturel). Il paraît qu’ils iront renforcer les autres bureaux de poste de la Région bruxelloise. Pas de perte d’emplois. Du moins pas directement. Après les 19 suppressions de bureaux prévues dans la Région en 2008 (5 rien qu’à Anderlecht, commune la plus touchée, 200 en Belgique - voir liste) et en l’absence d’augmentation massive du nombre de guichets dans les 66 bureaux restants (1 pour plus de 15.000 habitants environ, sans compter les centaines de milliers de navetteurs), il y a fort à parier que la direction de la Poste parlera bientôt de “pléthore” pour justifier des licenciements ou des non-remplacement de pensionnés.
Le bureau était hyper-fréquenté dans un ilot à très forte densité de population et accueillant le très attractif Marché de Cureghem et ses célèbres Abattoirs. Le vendredi, on y faisait la queue pour y prendre un peu d’argent avant de faire ses courses… Les autres jours aussi. Ces 4 dernières années, après la fermeture de l’autre bureau du quartier, à deux pas du canal, à toute heure, je ne me souviens pas m’y être retrouvé une seule fois en étant l’unique client. Mon journal était mon fidèle compagnon pour patienter.
Cureghem sera donc privé de bureau de poste. Je n’aurais jamais imaginé cela pour un quartier qui compte plus de 20.000 habitants officiellement. De la petite vieille au parent au timing serré car ombinant travail et marmaille, le citoyen devra effectuer parfois effectuer plus d’un kilomètre supplémentaire pour se rendre dans un autre officine de “service public” (rue Demosthène, place de la Vaillance) ou… dans d’autres communes : Gare du Midi (Saint-Gilles) et chaussée de Gand à Molenbeek. Des bureaux surchargés, alors que les guichets de la Région de Bruxelles Capitale connaissent déjà une fréquence de visites importante (102,9 clients par jour en 2006). Aucun “Point poste” (aux services plus que limités), n’est présent à Cureghem.
Je suis convaincu que retirer un service de proximité ne fera qu’encourager la voiture (”les autres bureaux sont à deux minutes en voiture“, me disait gentillement le guichetier, semblant vivre dans un monde sans embouteillage).
A juste titre, les habitants de mon quartier vont à coup sûr se sentir délaissés. Plan Géroute oblige, leurs facteurs n’ont déjà plus le temps de leur vendre des timbres ou de rester plus de quelques secondes après avoir sonné pour leur livrer un recommandé ou un colis. Par ailleurs, aucune nouvelle affectation n’est prévue pour l’emplacement du bureau. Vers un chancre demain ?
La Poste supprime donc un bureau fréquenté, en pleine ville, dans un quartier où vit une population nombreuse et pour qui la Banque de la poste est souvent la seule qui prend le temps de les accueillir. Derrière cet éloignement des citoyens indigne d’un service public, j’avoue que je m’interroge sur la logique de cette décision.