Jacky Morael1996, je lançais des œufs sur les vitres de la place Surlet de Chokier, siège d’une Communauté française qui venait de sabrer dans l’éducation. Transformant ma révolte, Jacky Morael et d’autres m’avaient donné envie de me lancer… dans le combat politique.

2010. Revenu de loin, mais jamais vraiment parti, Jacky Morael est tête de liste au Sénat, animé par “cette volonté d’être progressiste et novateur, responsable et subversif, ouvert et déterminé”. Il place ECOLO résolument à gauche, face à l’“aveuglement ultra-libéral“.  Voici la première interview qu’il m’a accordé spécialement pour ce blog.

Thierry Bodson, le boss de la FGTB wallonne souhaite qu’ECOLO se déclare de gauche. Chiche ?

Olivier Deleuze répondait récemment à un journaliste: “Ecolo est de gauche et la terre n’est pas plate. Une autre question ?” Pour moi, cette réponse n’est pas qu’une formule, tant elle est porteuse de sens.

Je crois que Thierry Bodson a adressé ce message bien plus à ses militants et affiliés qu’à Ecolo. Il nous connaît bien. Les réunions que j’organise périodiquement entre la direction de la FGTB (comme de la CSC, par ailleurs) et celle d’Ecolo se déroulent toujours dans une ambiance très constructive. Thierry se souvient aussi sans aucun doute de diverses “actions communes” – ;°) – menées dans un passé récent contre le Pacte des Générations ou les intérêts notionnels, par exemple.

La meilleure réponse à apporter à l’appel de l’Inter-Régionale Wallonne est encore le programme et les 10 priorités qu’Ecolo vient de voter et de rendre publiques. Chacun peut alors juger sur pièce. Peut-être le temps pas si lointain (2009 !) où l’IRW appelait dans sa publication à voter PS est-il révolu ? L’avenir seul nous le dira.

Comme délégué ECOLO aux relations avec les syndicats, comment perçois-tu leur appréciation à l’égard de notre parti ?

Cette appréciation a fortement évolué dans le temps, depuis la création d’Ecolo en 1980. Il y avait de la curiosité, teintée d’une certaine irritation. Ecolo déboulait sur la scène politique, et donc aussi économique et sociale, en rupture avec les codes traditionnels, et remettait énergiquement en cause le dogme quasi-religieux de la croissance à tout prix, quelles qu’en soient les conséquences sociales ou environnementales.

Il a fallu aussi qu’Ecolo apprenne les modes de fonctionnement assez complexes et particuliers des organisations syndicales et de la concertation sociale en général. Au fil du temps, les échanges d’infos et les concertations se sont multipliées avec nos parlementaires et nos ministres.

Aujourd’hui, il me semble qu’Ecolo et les syndicats ont franchi ces premiers obstacles et sont entrés depuis plusieurs années dans des relations adultes et respectueuses. Je m’en réjouis.

Pourquoi un citoyen de gauche devrait-il voter ECOLO et pas PS, Front des gauches ou PTB ?

Je n’aimer pas attaquer les autres et préfère affirmer et défendre les valeurs. Chacun est libre de faire son choix, comme militant ou électeur.

Partout en Europe, les verts assument sans complexe leurs valeurs telles qu’héritées des combats historiques de la gauche. L’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers, la justice sociale, l’émancipation des personnes, les droits de la femme et des minorités, le rejet des nationalismes, la solidarité Nord-Sud, le pacifisme, et bien d’autres encore. C’est ce qui me plaît et motive chez Ecolo, cette volonté d’être progressiste et novateur, responsable et subversif, ouvert et déterminé. En un mot : utile.

Si tu ne pouvais déposer qu’un seul projet au Sénat, lequel serait-ce ?

Sans hésiter, reprendre le travail entrepris au Sénat entre 99 et 2003 avec Jean-François Ramquet sur la Taxe Tobin. Ce travail a d’ailleurs abouti au vote d’une Résolution.

Quelques années plus tard, les faits sont cruellement venus nous donner raison. La crise des subprimes en 2008 aux USA va s’étendre à toute la planète et jeter à la rue des centaines de milliers de petits propriétaires et épargnants, réduire à néant des années d’épargne-pension privée. Cette crise en amènera une autre et dégénèrera en cyclone bancaire, financier et boursier et transformant des Etats entiers en proies pour une spéculation vorace, avec les conséquences sociales désastreuse telles que celles qu’on constate en Grèce. Jamais la régulation des marchés ne s’est imposée avec une telle urgence.

C’est tout le système qui est à revoir. Après des décennies d’aveuglement ultra-libéral, de laisser-faire laisser aller, le chantier est énorme (séparation des métiers bancaires et financiers, création d’agences de notation publiques, taxation des flux spéculatifs, etc). Le cadre idéal pour ce faire est l’Europe. Il faudra donc mettre la pression maximale sur le prochain gouvernement pour qu’il inscrive ces urgences à l’agenda de sa présidence de l’Union européenne, qui commence le premier juillet.

Le blog de Jacky Morael