J’avais pris l’habitude de lire sa signature dans Le Vif. Quand une affaire sortait, souvent, c’est Philippe Engels qui avait gratté, fouillé, décrypté les magouilles d’un PS dominant. En janvier 2009, à quelques mois des élections régionales, une série de journalistes (pas lui) était mise à la porte de l’hebdomadaire. Ambiance à la rédaction…

L’arrivée d’ECOLO au pouvoir en Wallonie lui donna une opportunité: celle de devenir secrétaire politique du groupe vert au Parlement wallon. A l’occasion des élections anticipées, Philippe Engels, 44 ans, de Walhain (Brabant wallon), est le 7ème candidat effectif au Sénat. Après Jacky Morael et Claudia Niessen, voici sa blog-interview.

Comme journaliste au Vif, tu as investigué sur les malversations et conflits d’intérêts de plusieurs responsables du PS (Van Cau, Uyttendael…). Comment ces découvertes ont-elles influencé ton choix de t’investir chez ECOLO ?

J’ai voulu passer de la dénonciation à l’action. Pendant des années, j’ai enquêté sur les « abus de pouvoir ». Ils étaient (j’hésite à utiliser l’imparfait) le plus souvent imputables aux majorités absolues socialistes consolidées, depuis belle lurette, dans de grandes villes wallonnes. Ce n’est sans doute pas propre au PS. En revanche, le maintien au pouvoir de ce parti dominant – depuis plus de 20 ans, de manière ininterrompue, tant au niveau fédéral qu’en Région wallonne, à Bruxelles et dans les grandes villes en question – n’y est sans doute pas étranger.

J’ai insisté sur le constat, démonté à titre d’exemple le système « Van Cau » et démasqué les milieux affairistes qui avaient profité de la situation. Tout ou presque a été dit, notamment à Charleroi, dont l’ancien homme fort vient d’être inculpé pour corruption, ce qui n’est pas rien.

Il était temps pour moi d’entrer dans une phase plus constructive. Je suis passionné depuis longtemps par les questions de gouvernance. Ecolo aussi. Nos routes se sont donc croisées. Quasi naturellement.

Tout le monde garde en tête la brutalité des licenciements dans la rédaction du Vif. Faut-il légiférer pour éviter de telles situations dans les entreprises ?

La société s’est accoutumée à ces annonces qui durent quelques minutes dans les JT : 100 emplois perdus ici, des dizaines là-bas. On éteint la télé, et on passe à autre chose ! J’ai été choqué d’assister au départ brutal de grand(e)s journalistes, parmi les meilleurs de Belgique francophones. J’ai fini par tourner moi-même les talons, tenté par une autre aventure, au sein d’une formation politique respectueuse pour son personnel.

En janvier 2009, des amies et collègues journalistes de plus de dix ans ont été jetées comme des malpropres. Elles ont dû rentrer chez elles sur le champ, sans pouvoir emporter leurs affaires, leurs carnets de téléphone, leurs notes personnelles.

Quelques jours plus tard, elles ont eu une petite heure pour revenir sur les lieux où elles s’étaient investies des journées entières, animées par une certaine vision de la Presse, et y vider leur bureau. Il n’y avait pourtant pas de secrets industriels à dérober… Ailleurs, dans d’autres secteurs, j’ai eu écho de pareilles situations.

Davantage qu’une loi pour baliser les ruptures de contrat, il faut compter sur un éveil des consciences : doit-on tolérer « ça » ?

Si tu ne devais défendre qu’une seule loi au Sénat, laquelle serait-ce ?

Le passage à une circonscription électorale fédérale, sans hésitation.

Avant chaque élection, les partis traditionnels du Nord et du Sud montent les enchères, abreuvent leur électorat distinct de promesses exagérées. Chacun ne s’adresse qu’à « sa » Communauté. C’est presque logique : les leaders des grands partis flamands, par exemple, qui monopolisent le poste de Premier ministre depuis 1974 (Edmond Leburton a été le dernier Wallon à occuper le « 16, rue de la Loi »), ne sont élus que d’un côté de la frontière linguistique. Ils n’ont pas réellement de comptes à rendre aux citoyens de l’autre Communauté.

Après le passage aux urnes, toutefois, les règles changent. Une fois au gouvernement, les ministres doivent dialoguer, négocier des compromis. La transition n’est pas facile. Songeons aux difficultés rencontrées par « Monsieur 800.000 voix (flamandes) » (Yves Leterme), en 2007, bien en peine d’admettre que la Belgique avait « un sens ».

Il serait bon, à l’avenir, qu’une part importante de la Chambre des représentants soit composée de mandataires élus dans une circonscription fédérale unique : ceux-là seraient obligés de mener campagne en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, et de tenir compte des intérêts de tous les habitants du pays. Ils seraient forcément obligés de modérer leurs promesses sur le plan communautaire et institutionnel. Cela contribuerait assurément à adoucir les mœurs.

Le blog de Philippe Engels et d’Isabelle Philippon