A 38 ans, Nuray Dogru, chargée de mission / prof  habite Saint-Josse. Elle a déjà un long parcours militant à son actif: problématique des sans-papiers, Attac, des mouvements féministes, occupation active et réaffectation de bâtiments vides, les mouvements de solidarité avec le peuple palestinien, inégalités Nord-Sud, lois anti-terroristes liberticides…

Elle est 4ème suppléante sur la liste ECOLO dans l’arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. Blog-interview.

Si tu ne pouvais en défendre qu’une seule, quelle proposition de loi déposerais-tu au Parlement fédéral ?

Je défendrais en premier lieu la solidarité, c’est à dire la Sécurité Sociale. Conquis au 19ème, ce système de lutte contre les inégalités sociales permet aux pensionnés, chômeurs, malades, de s’assurer une vie digne.

Nous sommes en pleine crise économique et dans une mondialisation néo-libérale avec pour corollaires des entreprises en bénéfice, des délocalisations, des pertes de l’emploi et le réchauffement climatique… Ceci remet en question ce système d’entraide. S’y ajoute le prolongement de la durée de vie, l’augmentation du coût de la santé et des retraites. Sans parler du nombre croissant de personnes paupérisées et exclues du chômage.

L’enjeu prioritaire est donc de préserver la solidarité, appelée à se renouveler. Il est urgent d’augmenter les minima sociaux et salariaux ! Pour financer la sécurité sociale, la participation des entreprises doit augmenter, en luttant contre la fraude fiscale et les intérêts notionnels, en  imposant une taxe sur les transactions financières, surtout les transactions spéculatives. Ces dernières années, ce sont surtout les impôts sur le travail qui ont financé la sécu, graduellement. Il est urgent de rééquilibrer le pourcentage d’impôts et de réduire la fracture sociale !

Tu milites au sein du Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association pour assouplir les lois anti-terroristes. Tu connais des terroristes ? Ces lois ne sont-elles pas là pour nous protéger ?

J’y suis militante depuis sa création, après les attentats du 11 septembre et le lancement de lois liberticides. Au CLEA, je n’ai rencontré que des militants des droits de l’homme, qui se dépensent pour informer sur les conditions de détention dans les prisons turques et les cas de torture. Le but est de pour permettre à d’autres de vivre dignement !

Cet acharnement judiciaire sous le couvert de la lutte contre les terrorismes, ces méthodes particulières de recherche à l’égard de Bahar Kimyongür et ses camarades….c’est antidémocratique : l’objectif est de museler la liberté d’expression.

En effet, Bahar a été poursuivi pendant près de 10 ans et emprisonné plus de 6 mois, au titre de dirigeant d’une organisation «criminelle et fanatique» –pour le seul fait d’avoir rendu public à Bruxelles un communiqué du DHKP-C (déjà largement diffusé auparavant en Turquie).

Au travers de ce procès, en réalité, c’est la question même d’une société de Droit qui a été remise en question. Nous protéger contre le terrorisme est une chose. Une autre est d’en profiter pour entraver les libertés fondamentales : droit de grève, liberté de réunion, d’association ou d’expression. La législation antiterroriste des pays européens permet de criminaliser l’intention «en raison d’une idéologie» même si aucun acte n’a été commis. On brime ainsi des groupes qui aspirent à un changement au niveau politique, économique ou social.

Il faut exercer notre vigilance citoyenne pour éviter les dérives. C’est une question de survie de notre démocratie et des droits acquis.

Pourquoi ECOLO et pas un autre parti ?

Parce qu’Ecolo a depuis sa création mis les questions environnementales et le respect des générations futures au cœur du débat. Cela a fait évoluer les mentalités notamment en remettant en avant dans les années 80 la solidarité et l’équité, de même que les conséquences du changement climatique provoqué par l’idéologie néolibérale débridée.

J’ai aussi choisi Ecolo parce qu’il ne se contente pas des politiques à court terme. Il remet en question l’exploitation effrénée des peuples et des matières premières par des multinationales. Ecolo met en avant l’humain : égalité de genre, pensions, démocratie culturelle et éducative, soins de santé, service public de qualité, lutte contre la privatisation de la Poste et de la SNCB, etc. Ecolo vise une société plus juste tant en Belgique qu’ailleurs sur la planète.

On lit sur des sites communautaires des appels à voter pour des candidats de la même origine que la sienne. Que penses-tu de ces pratiques ?

J’entends souvent  parler de la célébration de la diversité, de l’égalité des chances, de la volonté de construire un monde ouvert aux différences de chacun. Aujourd’hui, les candidats d’origine étrangère s’inscrivent en tant que citoyens, en tant que belges, et prennent part aux débats.

Des changements sont nécessaires, il ne s’agit plus de se contenter d’un statut de citoyen de seconde zone mais de devenir acteur de la société en prenant part aux décisions. Mais la difficulté réside dans le fait de se poser les bonnes questions : philosophiques, idéologiques, culturelles, sociales, dans le but de défendre des politiques du bien vivre ensemble et non d’idées racistes qui élèvent des murs entre les communautés.

S’intégrer, c’est aussi s’émanciper, s’inscrire dans le débat, y prendre part, être acteur dans la société et lui offrir son identité, son parcours et son histoire. Si cet idéal est pris en compte par le candidat au sein de sa communauté d’origine, alors je défends cette pratique. Dans le cas contraire, je ne peux que m’insurger contre les politicards, en recherche uniquement de voix électorale et de carrière personnelle!