Carte Blanche, non publiée. Signataires : Thierry Bodson, Didier Brissa, Jean Cornil, Céline Delforge, Pierre Eyben, Zoé Genot, Catherine Lemaître, Aïcha Magha, Karim Majoros.

La Ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom (Open Vld) se demande s’il ne faut pas élargir l’usage des tasers par la police, lors d’interventions jugées « dangereuses ». Pour rappel, le taser est un pistolet électrique envoyant des décharges de 50.000 volts et qui peut provoquer la mort lorsqu’il est utilisé contre des personnes plus fragiles.

Cette arme est déjà utilisée par des unités spéciales de la police fédérale, en totale contravention avec la loi du 9 juin 2006 sur le port d’arme mais avec l’aval des Ministres de l’Intérieur et de la Justice. Sombre ironie, pour justifier sa nouvelle idée, Annemie Turtelboom prend appui sur une récente bavure policière qui s’est soldée par la mort d’un jeune homme de 25 ans , tué par balles sous les yeux de ses parents : “Après les violences policières qui ont entraîné la mort de Raphaël Verhoeven à Putte, je me demande si la police doit avoir plus d’opportunités d’utiliser le taser. Les chances de survie sont plus importantes lors de l’usage du taser”.

Le 29 septembre dernier, alors que 100 000 personnes venues de nombreux pays manifestaient contre l’austérité dans les rues de Bruxelles, on a malheureusement déploré des dérapages sécuritaires et des violences policières à l’encontre de manifestants qui ne s’étaient rendus coupables d’aucun délit ni d’aucune menace.

Les quelque 300 arrestations-dont 200 « préventives »- se sont parfois opérées à coups de matraque et à l’aide d’attache colçons… Mais si le Taser avait pu être utilisé, tout porte à croire que les conséquences auraient été autrement plus dramatiques, à l’image de ce qui vient de se passer en Australie, où 13 décharges de taser ont tué un homme. Les policiers qui ont infligé cette torture étaient manifestement en surnombre et ont continué à s’acharner sur un individu déjà maîtrisé au sol et incapable de se défendre

Nous ne sommes pas dupes d’une stratégie électorale sécuritaire visant à récupérer une part de l’électorat perdu par l’Open VLD au cours des dernières élections au profit de formations politiques encore plus à droite que lui. A l’image du président Sarkozy, la droite exploite une fois de plus la vieille recette de l’insécurité pour détourner l’attention du citoyen de problèmes bien plus compromettants pour lui, telle que les mesures d’austérité qui nous pendent au nez.

A moins qu’anticipant d’éventuels mouvements de masse liés à la dégradation des conditions de vie et de travail, la droite, dont des élus du MR voient dans le Taser « une alternative proportionnée entre la traditionnelle matraque de l’agent de police et l’arme à feu », anticipe les moyens de réprimer d’éventuelles grèves ou manifestations. La matraque, c’est trop léger, l’arme à feu, ça ferait mauvais genre. La technologie de nouvelles armes de répression, par contre, ça fait du bien au moral. On hume le progrès social rien qu’à les admirer.

Il faut également constater que les arguments « politiques » des défenseurs du pistolet électrocuteur en Belgique se retrouvent sur le site commercial de SMP technologies, le distributeur français du pistolet Taser. Notons que la firme, qui intente des procès (perdus) à ceux qui qualifient le Taser d’arme potentiellement mortelle, vient toutefois de changer « son fusil d’épaule » et daigne recommander publiquement aux forces de police de ne pas utiliser ce pistolet au niveau de la poitrine.

Selon les chiffres d’Amnesty International, qui lutte contre cette arme, ce sont en réalité 351 personnes qui sont décédées des suites du Taser aux Etats-Unis depuis son introduction en 2001. Plus d’un demi-million de cas d’usage d’une telle arme ont été recensés, n’est-ce pas là un nombre qui illustre la tentation d’un recours toujours plus large ce genre d’arme  et non une utilisation « exceptionnelle et proportionnée à la menace » ?

Pour diminuer le risque de dérapage mortels au cours d’altercation avec la police, nous suggérons à la Ministre de plutôt doter le département de l’intérieur de personnel correctement formé à la résolution pacifique des conflits, à l’interculturalité et au dialogue. Ni la matraque, ni le Taser ne peuvent constituer une solution. Ce samedi 16 octobre, à la Porte de Hal à Bruxelles, à 15h00 nous participerons au rassemblement citoyen qui demande que la lumière soit faite sur les violences commises par la police à l’euro-manif du 29 septembre. Passer sous silence ces dérapages serait porter atteinte à un droit fondamental, celui de manifester pour des idées.