Le Produit Intérieur Brut mesure la croissance économique d’un pays et son niveau de vie. Il ne s’intéresse qu’à la création de « richesse », pas à ses conséquences sur les gens ou sur la planète. En réaction, des indicateurs alternatifs voient le jour. Article paru dans Jump, le magazine d’ecolo J.

La conductrice s’arrêta au feu. Surgissant de la nuit noire, un gredin fracassa la vitre passager, fouilla machinalement, jusqu’à tenir le précieux sac à main. « Zut! » s’exclama la jeune femme, terrorisée. « Allez, je reste positive, la chance me sourit. Je vais tout remplacer: carreau, porte-monnaie, gsm, gants, clefs, papiers, abonnements… Grâce à mon agresseur, je vais dépenser. Youpie, le PIB vient de progresser ! ».

Boussole des financiers et des gouvernements

Que contient ce PIB ? La valeur marchande totale de la production interne de biens et services dans un pays au cours d’une année. On compile des données (production, revenus, dépenses) des entreprises, de l’État et des ménages. On obtient une somme. 350 milliards d’euros en Belgique en 2010. Croissance positive ? Ce serait d’office positif. Sinon: catastrophe ! On sabre dans les budgets.

Cachez ces pauvres toujours plus nombreux, même avec des PIB élevés. Ignorez les ouvriers (parfois des enfants) qui se tuent à fabriquer nos gadgets, au Sud ! Coulez cette marée noire de pétrole, qui compose le plastique sur-emballant nos jouets! Oubliez ce patrimoine, rasé pour construire un centre commercial ! Taisez les activités bénévoles. Tant pis si la richesse d’aujourd’hui crée la pauvreté de demain.

Le PIB ne tient compte ni du bonheur, ni du bien-être, ni de la culture, ni de la solidarité… A un  PIB « vert », qui en déduirait les coûts environnementaux, des économistes préfèrent repartir d’une feuille blanche. Leurs indices :

  • IDH: Indice de Développement Humain. Trois critères majeurs : espérance de vie, niveau d’éducation et niveau de vie.
  • IBEED: Indice de Bien-Être Économique Durable: consommation, inégalité de revenus, dégradation de l’environnement.
  • HPI: Happy Planet Index: empreinte écologique, espérance de vie et degré de bonheur.
  • BNB: Bonheur National Brut: développement économique durable, environnement, conservation de la culture et bonne gouvernance. Marketing d’un pouvoir contesté pour sa répression ?

La prospérité ne peut plus se limiter au seul objectif de croissance économique. Empreintes sociales et écologiques doivent la compléter. A nos gouvernements de les monter en indices !

Arnaud Grégoire, journaliste belge, a réalisé « Le bonheur brut » un webdocumentaire animé, décortiquant le PIB et les indicateurs alternatifs. Frais et accessible ici !