Jean-Claude EngebertCadre de direction dans une grande banque, Jean-Claude Englebert propose une vision critique de l’économie et de ses travers. Avec le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA), il juge que les lois « anti-terroristes » sont des caches-misères destinées à rassurer le bon peuple. Ce Forestois de 39 ans se présente sur la liste ECOLO à la Chambre, comme 14ème effectif dans l’arrondissement de Bruxelles-Halle-Vilvoorde. Il répond à notre blog-interview.

 

 

Tu es membre de la « commission économie ». Quelle est l’idée-force du programme économie d’ECOLO ?

Trois axes : orienter, réguler, re-distribuer.

Orienter pour impulser certaines activités économiques, privilégier celles qui permettent des économies d’énergie (rénovation des logements…), ou produisent des énergies renouvelables. Ainsi, on respecte l’environnement, et on crée des emplois non délocalisables. Pour cela, il faut d’une part lancer un plan d’investissements financé par l’argent actuellement investi dans les énergies non renouvelables, comme le nucléaire, et d’autre part un ensemble de clauses environnementales dans les marchés publics et privés, comme dans le bâtiment.

Réguler pour refuser que le monde et son économie soient essentiellement gouvernés par la finance. C’est inacceptable. Cela engendre toujours plus d’inégalités et de détresse sociale. Evidemment, certaines mesures sont à prendre au niveau européen. Mais en tant que pays européen, nous avons notre mot à dire. Cette semaine par exemple, les ministres des Finances européens ont décidé de ne pas imposer de contrôle aux « hedge funds », les structures financières les plus dangereuses au monde. Je vais publier un dossier là dessus sur mon site (www.jcenglebert.be). Le danger représenté par ces structures est énorme.

Re-distribuer, c’est d’abord ré-équilibrer la manière dont chacun contribue au fonctionnement de l’état par l’impôt. La majorité sortante a fait d’énormes cadeaux aux plus nantis, qui contribuent  proportionnellement de moins en moins. C’est inacceptable. Redistribuer, c’est aussi  orienter l’économie, en favorisant certaines activités et certains types d’emploi. Sans tomber dans les « effets d’aubaine », c’est à dire sans aider la création d’emplois qui auraient de toute manière été créés.

Le chômage et les délocalisations font des ravages, particulièrement en Wallonie et à Bruxelles, et surtout pour les jeunes et les moins qualifiés. Les délocalisations de demain trouvent leurs racines dans le type d’emplois créés aujourd’hui. La majorité socialiste-libérale a tenté de créer des emplois en réduisant les cotisations sociales (essentiellement de manière non discriminée, et sans garantie de non-délocalisation) et en introduisant des mécanismes sensés attirer les investisseurs étrangers. Mais c’est un dumping fiscal, une course au moins-disant fiscal. Et nous pouvons toujours être battus dans cette course, ce qui entraîne des délocalisations. Outre, évidemment, l’aspect amoral de réduire les impôts pour les plus nantis et de diminuer la capacité d’intervention de l’Etat.

Ceci dit, plus je travaille dans le secteur de l’économie, plus je pense que notre relation à la consommation est perverse et source de nombreux problèmes : pollution, tensions sociales, sentiment que l’on « a » avant d’« être ». Toute notre économie repose sur la notion de « croissance sacrée ». Sans être un intégriste de la décroissance, je pense que c’est notre mission de revisiter notre relation à la consommation.

Avec le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA),tu as « défendu » Bahar Kimyongür. Les lois belges anti-terroristes, une sécurité ou un danger ?

Ne soyons pas naïfs. De nombreuses personnes sont mortes en raison de la folie des hommes, que ce soit une violence « d’état », comme en Irak ou dans les territoires palestiniens, ou que ce soit une violence « privée », de groupes terroristes.  Nous ne pouvons ni cautionner la violence d’état ni tolérer que la Belgique soit, directement ou indirectement, liée à l’expansion du terrorisme. Cela demande un pragmatisme sans angélisme. Le terrorisme doit être désamorcé tant dans son organisation au sein de groupuscules qu’en coupant le mal à la racine, là où il naît, là où des gens sont victimes du terrorisme d’état.

Les lois anti-terroristes belges entrent-elles dans ce cadre ? Assurément pas dans la manière dont elles sont libellées. Ces lois sont des caches-misères destinées à rassurer le bon peuple. De dangereux instruments d’oppression qui ont permis l’incarcération de militants politiques et ont créé le climat nécessaire à faire accepter dans l’opinion l’idée que Bahar Kimyongür est un dangereux leader terroriste. Or,  il est simplement un jeune homme aux opinions politiques clairement de gauche et communistes, mais aussi quelqu’un d’ intelligent, charmant, séduisant, et donc encore plus dangereux. S’il avait été idiot et désagréable, je suis certain que rien de tel ne lui serait arrivé, car il aurait été moins « dangereux ».

S’il n’y en avait qu’une seule, quelle loi voudrais-tu proposer au Parlement ?

Je vais surprendre, mais ce serait une loi de ré-équilibre fiscal. Il faut ré-équilibrer la manière dont chacun, dans ce pays, contribue au fonctionnement de l’état. Cela ne viserait pas à augmenter le niveau général d’impôt, mais à revenir sur certains mécanismes qui favorisent les (très) nantis. Je souhaiterais également favoriser fiscalement l’économie sociale, non pas pour en faire un secteur « profitable » où il fait bon investir, mais simplement pour la rendre plus viable.

Et s’il y en avait une seconde ?

Une loi visant à investir massivement dans le secteur de l’environnement, de la production d’énergies renouvelables et de la création d’emplois durables. La meilleure manière de démontrer qu’ECOLO est le meilleur choix social, économique et environnemental.

Des ministres ECOLO dans le gouvernement, ça changerait quoi ?

D’abord, une vision « transversale » des choses. ECOLO a le premier identifié la nécessité de changer les comportements face aux défis environnementaux. La prise de conscience est maintenant large. Les « mesurettes » pour faire joli ne suffisent pas. Il faut intégrer les plans dans un cadre plus large, dans les nécessaires solidarités et le combat pour l’égalité et les libertés, ici et ailleurs. Un ministre ECOLO, quelles que soient les compétences qu’il gère, intègre les aspects sociaux, économiques et environnementaux. Pas de schizophrénie chez nous.

Enfin, ça changerait au niveau des pratiques. Un ministre ECOLO se consacre intégralement à sa tâche et ne cumule pas avec d’autres fonctions.

Selon moi, pour transformer la société, l’écologie politique doit remonter en amont des problèmes et revendiquer des compétences gouvernementales telles les finances, l’économie ou le budget. C’est, à mon sens, une excellente motivation pour renforcer le poids politique d’ECOLO.

Si ECOLO se retrouve dans l’opposition, ses électeurs ont « perdu » leurs voix ?

Absolument pas. En démocratie, ce n’est pas une majorité seule qui décide. Et les parlementaires ECOLO ont toujours été extrêmement actifs.

Un parlementaire peut agir de deux manières: exercer un contrôle démocratique, en demandant des comptes au gouvernement ou déposer des propositions de loi, nourrir la discussion en commission et en présenter des amendements.

Elire un maximum de parlementaires ECOLO renforcera l’impact de notre vision de la société et de nos propositions sur l’ensemble de la vie politique belge. Evidemment, l’impact est moins grand pour un parti en opposition.

Accéder au gouvernement est un objectif, mais ECOLO n’est pas prêt à monter au gouvernement à tout prix. Pour moi, il y a deux critères : quelle marge de manœuvre auront nous pour faire avancer nos propositions et quelles garanties avons nous que certaines choses « imbuvables » ne se produiront pas ? Je pense, par exemple, à des mesures fiscales anti-sociales telles celles adoptées par socialistes et libéraux. Je pense également qu’il faut abroger la loi anti-terroriste et ouvrir largement le débat sur la question des sans-papiers.

Trois mots à retenir avant de pénétrer dans l’isoloir le 10 juin 2007 ?

ECOLO, simplement indispensable.