Dans le centre historique de notre commune de Molenbeek, le triangle Brunfaut / Saint-Martin / Fin est souvent stigmatisé à tort parce qu’il compte 95% de logements sociaux. Des nouveaux projets vont permettre à la fois d’améliorer le cadre de vie des habitants et de renforcer la mixité sociale. Pour aller plus loin, il faut permettre aux communes qui produisent des nouveaux logements publics d’intégrer plus de mixité sociale dans le bâti déjà existant.

Dans nos quartiers, la mixité sociale est en marche. Elle se construit sur base de projets concrets qui voient le jour et qui avancent résolument dans le sens d’une plus grande diversité des publics qui vivent dans notre commune. Le cas du triangle compris entre la rue Brunfaut, la rue Saint Martin et la rue Fin est sans doute l’un des plus marquants.

Ce coin du quartier historique de Molenbeek est connu pour la densité très forte de logements sociaux. Fruit d’une conception de la ville héritée d’abord des années 60 puis 70 et 80, induite par les travaux de construction du métro à Molenbeek, cette partie de notre commune abrite jusqu’à maintenant 95% de logements sociaux (du Logement Molenbeekois et de la Commune). Cette réalité est en train de changer.

Imprimerie convertie et Tour rénovée

En effet, deux projets d’envergure ont franchi cette semaine l’étape importante du passage en commission de concertation urbanisme de la Commune. Je veux bien sûr parler du projet de rénovation de la Tour Brunfaut et du projet de réaménagement de l’ancienne imprimerie Hayez.

Le premier est emblématique.  Surnommée autrefois « Kartonnenblok », la tour brunfaut avait besoin d’une sérieuse remise au goût du jour. Menée en partenariat avec le Logement Molenbeekois et la SLRB, la rénovation de la tour Brunfaut permettra enfin aux habitants de bénéficier de logements qui améliorent la qualité de vie, s’adaptent à la taille des ménages et offrent des espaces communautaires ouverts sur le quartier.

A quelques dizaines de mètre de la tour, un nouvel ensemble verra également le jour prochainement  à l’endroit où se trouvait l’imprimerie Hayez. Plusieurs dizaines de logements mais également des espaces de bureau au rez-de-chaussée accueillant des associations ouvertes en partie sur le quartier sortiront prochainement de terre.

Ce projet privé est complémentaire des efforts menés par les pouvoirs publics pour améliorer la qualité des logements dans la commune. Il confirme notre souhait de permettre à des familles aux profils socio-économiques différents de coexister. L’arrivée d’un projet de logement privé locatif d’ampleur  à la rue Brunfaut  agit positivement sur la mixité sociale : le projet du groupe  HIB fera passer le taux de logements sociaux de 95% à 85% sur l’ensemble des logements de ce quartier.

L’idéal serait d’arriver à terme à une proportion de 80% de logements sociaux et 20% de logements moyens parmi les logements publics. Pour y arriver, il faudra compenser l’arrivée de logements moyens supplémentaires dans ce quartier par la présence de logements sociaux supplémentaires dans d’autres quartiers.

La brique ne suffit pas

Afin de réussir le pari de la mixité, nous savons quel la brique ne suffit pas. En bonne entente avec ma collègue Sarah Turine, en charge de la cohésion sociale, nous travaillons surtout à améliorer le cadre de vie des Molenbeekois et développer des projets qui favorisent le dialogue.

Je reste néanmoins persuadé que nous pouvons aller plus loin pour remplir notre objectif de renforcement de la mixité sociale. En effet, juxtaposer purement et simplement des publics différents dans un même quartier, mettre uniquement côte à côte des familles aux parcours de vie différents ne permet pas toujours aux personnes de se rencontrer ou d’échanger.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de plaider formellement en faveur d’une mixité qui va plus loin, une mixité sociale qui arrive jusque sur les paliers !

Changer la réglementation régionale

Pour y parvenir, il est nécessaire de permettre d’introduire au sein des grands ensembles de logements sociaux une dose plus importante de mixité sociale. A Molenbeek, notre action volontariste en faveur du logement public nous permet de conquérir chaque jour de nouveaux projets de constructions de logements publics pour les familles molenbeekoises. Tant pour le projet Condor, que pour le projet Lavoisier ou les projets Campine et Delaunoy, la Commune fait le choix volontaire de favoriser une mixité forte. En effet, dans chaque nouveau projet de construction, nous insistons pour qu’il soit prévu environ 40% de logements locatifs moyens.

Malheureusement, ce qu’il est possible de faire dans les nouveaux projets ne peut se faire dans les anciens ensembles de logements. Bien que prévu dans le code du logement remis à neuf en 2013, la possibilité laissée aux sociétés de logements sociaux d’introduire des logements moyens dans les ensembles déjà existants  n’est pas praticable actuellement en raison de l’absence d’un cadre clair sur le logement moyen dans les SISP et en l’absence de modalités précises venant de la Région de Bruxelles-Capitale. Je fais donc une proposition claire à la Ministre régionale du Logement : corrigeons rapidement cet oubli et permettons de construire la mixité sociale à l’intérieur du bâti déjà existant dans le patrimoine du logement social.

Les quartiers évoluent

Je pense qu’il faut pouvoir faire un état des lieux tous les 5 à 10 ans pour permettre de faire glisser des logements sociaux en logements moyens et vice-versa sans que cela n’altère les balises du code du logement (c’est-à-dire que le nombre de logements moyens ne dépassent pas les 10% du parc total des logements).  A terme, dans certains grands ensembles existant, il serait judicieux de tendre vers un taux de logements moyens avoisinant les 20% des logements publics de la zone.

Le privé aussi à mixer

Cette logique doit également s’appliquer dans les grands projets privés de logements. Par le biais des charges d’urbanisme, il faut rendre obligatoire la présence de 15% de social (ou de public plus largement). La mixité doit se faire dans les deux sens.

Encore une, Karim !