Ps, tu t'éfrites, reprend la frite !

Six semaines après des élections législatives du 10 juin, les socialistes francophones ne semblent pas avoir commencé un véritable inventaire des causes de leur défaite.

Très vite, les affaires de Charleroi (les mots sont choisi) ont été pointées comme seules responsables de l’échec. Prétendre cela, c’est nier une fois de plus les maux profonds qui divisent le parti. Marc Bolland, bourgmestre PS de Blégny, écrivait justement le 15 juin qu’il n’y a pas que Charleroi. Mais c’est un cas semble-t-il isolé.

Alors, je n’irai pas jusqu’à dire, comme François, qu’il faut sauver le parti socialiste. Je pense qu’il existe une autre gauche, au moins tout aussi valable, prête à prendre le relais, même en cas de disparition totale (peu probable) du PS. Par contre, faisant partie d’un parti qui a subi, voici quelques années, plusieurs défaites, je me dis que le PS aurait bien besoin d’aide pour analyser la situation.

Selon moi, le mouvement d’Elio Di Rupo n’a pas perdu le scrutin à cause d’un seul élément, mais en raison d’un faisceau de désillusions des citoyens à son égard.

Ainsi, en 1999, le CVP avait-il perdu les élections à cause de la seule dioxine ? Non. Il y avait l’usure et les gaffes des gouvernements Dehaene. En mai, Ségolène a-t-elle encaissé un royal échec à cause de sa colère démesurée face à Sarkozy, lors du débat télé d’entre deux tours ? Non. ECOLO a-t-il perdu en 2003 suite au seul Francorchamps ? Non. Al Gore a-t-il perdu la présidentielle américaine de 2004 en raison d’un mauvais comptage ? Si, mais je m’égare…

Si dans tous ces cas-là, il y a parfois une goutte d’eau qui fait déborder le vase du ras-le-bol, il y a surtout une addition salée, constituée d’un bon nombre de plats avariés que les gens finissent par avoir du mal à avaler.

Sans rentrer dans les détails, je me contenterai de lister une série d’éléments, qui, à mon avis, ont joué dans la déroute du parti socialiste belge francophone.

1. Le manque de lisibilité

Si on attend d’un parti qu’il se renouvelle pour rester en phase avec la réalité, peu de gens sont dupes quand le PS reprend à son compte le thème de l’écologie (sociale) et un ancien leader moyen du parti qui la pratique (on s’en sert) depuis 25 ans (Henri Simons). Idem avec les propositions sur les indépendants ou la sécurité, piquées au MR ou sur les familles, inspirées par le cdH. Sans parler d’un manque de lisibilité sur des thématiques qui vous identifie habituellement. a quelques jours du dimanché électotral, L. Onkelinx expliquait que la solidarité « se mérite » Elio Di Rupo qu’ « on ne peut accueillir tout la misère du monde »… A force de ratisser large, on finit toujours par oublier de fidéliser son électorat.

2. Une ribambelle d’affaires

Après Agusta ou l’Inusop dans les années 90, des dizaines d’affaires concernant des mandataires PS sont venues polluer nos journaux télévisés depuis 2 ans: des personnalités importantes (bourgmestres, échevins, ministres), pas d’une seule région (Charleroi) mais aussi de plusieurs lieux et non des moindres, comme Namur. Je m’étais risqué à un inventaire voici quelques mois. Il faudrait aujourd’hui rajouter une bonne page d’inculpations. A noter que certains de ces dossiers risquent bien d’être jugés juste avant les régionales de 2009.

Le plus grave ? Le fait que le président du Parti socialiste n’ait pas réussi (ou souhaité), ni à anticiper les révélations, ni à mettre en congé les personnalités inculpées. Quelqu’un pourrait-il citer une mesure prise par la délégué à la rénovation du PS placé sous les sunlights à l’automne 2005 ? Faut-il attendre que quelqu’un soit inculpé, en prison ou accusé d’avoir fait perdre les élections (ce qui semble plus grave que les faits eux-mêmes) pour le mettre à l’écart ?

3. Des gouvernements peu à gauche

Entre la chasse aux chômeurs, l’expulsion de sans-papiers, l’absence de régularisation, l’amnistie fiscale… l’électeur de gauche peut légitiment se sentir floué par un parti qui se prétend à gauche mais dont les mesures de gauche sont effactivement peu nombreuses.

4. Un manque de combativité

Lutte-t-on pour le progrès social en défendant seulement les acquis ? Le parti socialiste n’a pas mis en avant de propositions de conquête. Tout juste a-t-il promis que sans lui, ce serait pire. A-t-il défendu un projet de société ? Non, il a voulu raser gratis, en vendant aux électeurs des augmentations de pensions (12%) ou d’autres éléments concrets mais très parcellaires. Trop de mollesse dans les faits, mais pas dans les paroles de campagne, vis-à-vis de son partenaire libéral. Cela ressemblait plus à du show qu’à autre chose.

5. L’usure du pouvoir

Le PS, au pouvoir depuis 1989 à tous les niveaux de pouvoir a finit par lasser. Surtout si l’on se montre attaché au pouvoir pour le pouvoir, parfois en usant du clientélisme.

Qui croit au redressement de la Wallonie grâce au Plan Marshall ? Qui voit diminuer le chômage des jeunes et les inégalités sociales ? Promettre à chaque élection monts et merveilles alors que l’on a été incapable de mettre en pratique des promesses majeures, cela finit par vous faire perdre de la crédibilité. Tout comme l’échec de la création de 200.000 emplois ou plus directement, l’évasion collective de détenus de la prison de Termonde (les portes ne fermaient plus…)

6. L’arrogance

Durant toute la campagne, le parti socialiste s’est montré sûr de lui. Il n’imaginait même pas l’opposition. Il n’imaginait pas que le monde pouvait continuer à tourner, même sans lui. Laurette Onkelinx, sûre de son coup n’employait que le temps futur dans ses interventions télévisées. « Nous allons faire ceci. » Jamais de conditionnel. Idem pour Michel Daerden, certain de pouvoir exclure le MR de la table des négociations.

Dans la campagne sur le terrain, on a vu des militants peu combatifs, persuadés que leur parti serait d’office au pouvoir. Ils semblaient en vouloir peu, au contraire d’autres formations, prêtes à conquérir les voix les unes après les autres, à force d’argumentation déterminée, modeste et sincère.

Vous voyez d’autres raisons ?