tuner radioLe plan de fréquences de la Communauté française arrive dans sa phase finale. Le 22 juin, les radios candidates sauront si elles auront le droit d’émettre durant les 9 prochaines années. Avec moins d’un quart des fréquences privées disponibles, les radios associatives sont d’ores et déjà les grandes perdantes. Plaidoyer et pistes pragmatiques pour sauver ce qui peut encore l’être.

Dix ans au moins que l’on attendait cela. Le plan de fréquences est sur les rails. Après l’échec de la ministre socialiste de l’audiovisuel (1995-1999) Laurette Onkelinx, la valse des ministres libéraux (Miller, De Permentier, Ducarme, Chastel), on avait pris l’habitude de s’entendre dire chaque année que le bordel sur les ondes allait se terminer d’un mois à l’autre.

Le retour des socialistes en la personne de Fadila Laanan a permis à la tradition de perdurer. Chaque année, la ministre a annoncé un plan de fréquences imminent: en 2004, 2005, 2006, 2007 puis 2008, où elle y parvient enfin.

Le quart d’ondes

Le plan décrit les fréquences, leurs emplacements et leurs caractéristiques techniques (localisation, hauteur du mât), pour lesquelles les candidats peuvent soumettre une offre. La RTBF n’est pas concernée car ses fréquences sont annexées à son contrat de gestion.

Parmi les 329 fréquences concernées, seules 85 sont dévolues aux indépendantes, c’est-à-dire qui produisent des émissions locales autres que des écrans publicitaires. L’immense majorité des autres ondes revient d’emblée à de grosses machines et autres robinets à musique : 4 réseaux communautaires (C1 à C4), 2 réseaux multi-villes (U1 et U2) et 5 réseaux provinciaux (Brabant wallon, Namur, Luxembourg, Hainaut et Liège). Sûrs de leur coup, les grands groupes (RTL, Nostalgie, NRJ, IPM) sabrent déjà le champagne dans leur QG.
radioLe Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait pourtant recommandé au gouvernement de réserver un tiers des fréquences aux radios indépendantes et associatives. Le gouvernement s’est contenté d’un petit quart des fréquences. Il a choisi de privilégier les radios commerciales en réseaux, en somme, l’argent au détriment de l’expression : la rentabilité au péril de la créativité. Les réseaux remportent la plus grande part du gâteau, tant en nombre de fréquences qu’en nombre de kilowatts (les puissances qui permettent d’être reçu loin et/ou correctement).

Dans des communes où elles étaient implantées depuis longtemps, parfois plus de 20 ans, des stations n’ont parfois même pas pu postuler à une fréquence. Tout simplement car aucune fréquence locale n’était proposée dans de nombreuses villes, alors que leurs fréquences habituelles avaient été récupérées par des réseaux. Citons La Louvière, Nivelles, Tubize et Braine l’Alleud ou encore Perwez. Tant pis pour la diversité du paysage médiatique local, tant pis pour les comptes-rendus des conseils communaux ou provinciaux, tant pis pour les agendas des évenements culturels du coin.

Je ne peux me résoudre à un tel destin pour le faisceau de stations originales, proposant des programmes différents ou spécifiques à des catégories de publics (magrébins comme Al Manar, latinos comme radio Si ou Campus, africains ou de l’Est comme Panik, turc comme Pasa, pour personnes âgées telle J600 à Jumet ou la célèbre Chevauchoir des Lesves). Ces stations renforcent la cohésion sociale, créent de l’emploi non-marchand et soutiennent des événements culturels et sportifs locaux en assurant leur promotion, souvent gratuitement.

Vingt-trois projets ont déjà été recalés par le CSA. Tous provenaient d’indépendants. Les dossiers étaient insuffisant ou tout bêtement adressé par simple courrier en lieu et place de recommandé, malgré les 5 séances d’information pour les candidats. Non prévenus des démarches qu’elles allaient devoir entreprendre, alors qu’elles avaient été prévenues par lettre lors du plan avorté d’Oliver Chastel en 2004, certaines stations n’ont tout simplement pas eu le temps de compléter un dossier à la fois complexe pour des animateurs/présentateurs dont la vocation n’est pas administrative et volumineux (jusqu’à plusieurs centaines de pages).

Mieux faire demain

La rareté des ressources (fréquences) est un fait. Mais je suis convaincu qu’après ce plan de fréquences et comme on l’a vu en Flandres, de nouvelles places apparaîtront quand l’anarchie actuelle mettra fin à la surenchère des puissances des émetteurs (très énergivores, d’ailleurs).  D’emblée, on aperçoit déjà fréquences libres : celles pour lesquels aucun dossier valable n’a été déposé ou celles d’opérateurs qui renonceraient à leurs fréquences, faute d’obtention des crédits. Plutôt que de les laisser en jachère ou d’en faire cadeaux à des sociétés privées, j’appelle de mes vœux un sursaut.

Comme le groupe ECOLO au Parlement de la Communauté française, je propose que les projets bien ancrés sur le terrain ou qui ont pour vocation de le devenir bénéficient du droit d’émettre dans de bonnes conditions. Que cela soit dans le cadre de l’appel d’offres ou pour des ouvertures de fréquences moins nombreuses.

Spéciale dédicace aux stations indépendantes par lesquelles je suis passé comme animateur, stagiaire et journaliste entre 1996 et 2003 : Stéphanie à Court-St-Etienne, Quartz à Sombreffe, Riva (Fun) à Nivelles, Panik à Schaerbeek, Campus à Ixelles/Bruxelles et Antipode à Louvain-la-Neuve.