holdupLe plan de fréquences laissait déjà sur le carreau de nombreuses stations de radios indépendantes. Aujourd’hui, la Ministre de l’Audiovisuel Fadila Laanan capture 4 nouvelles fréquences indépendantes et en fait don à un réseau commercial. Et ceci dans la pénombre de la polémique qui entoure l’éviction des machines de guerre nommées Mint, Ciel radio et BFM.

Bien avant la publication du verdict, j’avais dénoncé dans ces colonnes le peu de fréquences (et de puissances) prévues pour les projets de radios associatives, ou à tout le moins, indépendantes des grands groupes de médias. Les indépendantes devaient se contenter des miettes, dès l’appel d’offres: 85 fréquences sur 329.

A l’issue de la procédure de la procédure d’appel d’offre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA belge) n’a pas attribué 7 des 85 fréquences destinées à des radios indépendantes. Par absence de candidats, mais aussi, il est vrai, par la faiblesse de certains dossiers, pas toujours remplis par des bénévoles passionnés de radios mais pas toujours d’administration.

De là, comme l’avait suggéré seul le groupe parlementaire écologiste, il était possible de conserver ses fréquences en vue d’un nouvel appel d’offres pour les stations indépendantes. Ceci aurait permis de rétablir quelque peu l’équilibre public-privé-indépendant.

Mais voilà: très vite, on a entendu des rumeurs indiquant que ces 7 fréquences seraient versées dans le réseau U2. Rien à voir avec le groupe irlandais: il s’agit de l’ensemble de fréquences destiné à un réseau multi-ville. Le CSA s’apprêtait à l’attribuer à BFM, avant de découvrir que cette station d’info économique qui était opérée dans les locaux de Radio Contact (RTL) jusqu’en juin 2007 pouvait à tout moment devenir la propriété de RTL. Le CSA a reçu une lettre anonyme contenant une convention prévoyant un rachat de BFM par RTL en cas de non remboursement d’un prêt entre les deux stations. BFM reconnaissant la véracité du document, le réseau lui passa sous le nez.

8 fréquences capturées

Comme cela avait déjà été souligné, trouver de nouvelles fréquences était possible. La Communauté française l’a démontré très rapidement: 7 nouvelles fréquences ont été dénichées, dont 2 anciennement dédiées à des radios d’écoles inactives. Le total de fréquences libres était donc, fin juin, porté à 14. Face au faible nombre d’ondes laissées aux indépendantes, une décision favorable à la participation citoyenne aurait été de lancer un nouvel appel d’offres pour des projets citoyens ou à tout le moins, indépendants.

Le gouvernement francophone (PS-CDH) en a décidé autrement. Le 4 juillet 2008, il a capturé 8 des 14 fréquences, les meilleures bien entendu, pour venir renforcer le futur réseau privé U2: Durbuy 106.4 | Herbeumont 105.7 | Houdeng 95.6 | Huy 105.6 | Neufchateau 106 | Perwez 90.1 | Spa : 107.9 |Warneton : 91.7.

Pour que cela ne se voit pas trop (dès fois que l’écran de fumée Mint se lèverait), le gouvernement laisse les miettes aux indépendantes: 6 fréquences (Brugellete 92.9 | Fontaine-l’Evêque 106.6 | Malmedy 90.9 | Quevauchamps 97.7 |Roselies 106,9 |Stockay-St-Georges 106,8). De manière à mettre fin à la saga, ainsi qu’à l’intense lobbying des réseaux privés (qui réclament à présent des fréquences de la RTBF), le CSA doit boucler le tout rapidement: les candidats ont 45 jours, soit avant le 22 août, pour remettre leur volumineux dossier. En plein été, les groupes commerciaux sont mieux armés pour remplir correctement les prescriptions. Les bénévoles des associatives, existantes ou en potentielle création, sont en vacances.

 

miette

 

Pour un réseau radio citoyen

Les semaines et les moins prochains prouveront certainement que de nombreuses fréquences peuvent techniquement être trouvées. En tout état de cause, les autorisations délivrées aujourd’hui sont valables 9 ans. En 2018 au plus tard, de nouveaux appels d’offres seront lancés. Au nom de la diversité du paysage, du pluralisme des opinions, je propose que davantage de fréquences soient réservées aux associatives, qui mènent un essentiel travail de proximité et/ou d’éducation permanente et restent en permanence critiques. Je pense à Panik, Campus ou Air Libre, par exemple.

Pour 2018, je propose que le Gouvernement réserve un réseau entier aux radios associatives à messages. Celles qui offrent un magnifique contre-pouvoir, qui combattent la pensée unique, dont les contenus ne sont pas tenus à la platitude vendable par les régies pub.

Le terreau associatif a tant de talents au km²… Il mérite bien un réseau entier, à but non-lucratif, dont seraient exclues les sociétés autres que coopératives. Trop court pour cet été… Chiche pour 2018 ?