garcimore2.jpgLancée par une campagne de pub de 450.000€ le 27 septembre 2004, la radio BXL aura tenu moins de deux ans et demi. Alors que le groupe RTL affirmait combler un vide qu’aurait laissé Bruxelles capitale (RTBF), le public n’a pas suivi. Faute d’identité bruxelloise ?

Une débauche de moyens, une identité visuelle tonique, une qualité d’antenne assez chaleureuse, une information politique, associative et culturelle traitée systématiquement (mais superficiellement, à la vitesse du scooter), une programmation pop-rock sympathique quoique un brin répétitive, des grands accords avec Le Soir et Télé Bruxelles financés par la Région bruxelloise à hauteur de plus de 200.000€ d’argent public, à fonds quasi perdus par la PS Françoise Dupuis… Un financement public d’une initiative privée nuisible à une chaîne publique (VivaBruxellesRTBF), je trouve cela pour le moins étonnant. Inutile d’espérer, cet argent ne sera plus que probablement jamais remboursé !

Une audience riquiqui

Cela dit, j’ai régulièrement écouté cette station. Par exemple lors des sketchs d’anciens Snuls ou à l’occasion des élections communales. Plusieurs de ses journalistes et animateurs ont croisé ma route. Mais au final, nous n’étions pas très nombreux à écouter BXL: 20.000 par jour en moyenne avec un pic à 31.000 l’hiver 2006. Soit une part de marché de 0,2 à 0,4% en Communauté française là où Bruxelles Capitale réalisait déjà 1,4% à l’hiver 1992, quelques mois seulement après son lancement.

Le score de BXL est d’autant plus mauvais que, sur la seule Région bruxelloise, la petite soeur de Bel RTL espérait récupérer les 15% de Bruxelles capitale à son apogée, comme l’affirmait Philippe Delusinne, patron de TVI.
Un peu étrange lorsque l’on se souvient que le format de feu Capitale était généraliste alors que celui de BXL était music&news, plus pointu, plus hype.

Durant 2 ans, les responsables de BXL ont néanmoins semblé y croire…avant de reconnaître enfin l’échec de leur projet, qui faute d’auditeurs n’a pas réussi à attirer les annonceurs.

Passant d’une à deux fréquences (101.4 et 92.1), bénéficiant d’une retransmission de son prime time matinal sur la fréquence bruxelloise de Contact 2 à l’été 2005, d’une diffusion de son émission matinale de Plug TV puis sur Télé Bruxelles

Le chacal et le rebond de la proie

Mais pourquoi avoir persisté à créer une station privée strictement bruxelloise ? Au départ, fin 2002, il y a un mouvement de sympathie du public suite à la mort programmée de Bruxelles capitale. Une pétition remporte un large succès. C’est alors que les groupes RTL et Nostalgie prennent conscience de la potentielle bonne affaire. Ils cogitent et annoncent des projets pour tenter de récupérer l’audience de la défunte.S’estimant menacée, la RTBF renforce considérablement le décrochage bruxellois de Vivacité, sa station bruxelloise basée à Mons. Vivacité se rebaptise même très vite VivaBruxelles. Des affiches arborant Manneken Pis portant un t-shirt de la station publique sont placardées partout. Philippe Deraymaeker, présentateur vedette de feu Capitale, reprend la même émission, au même horaire-phare du matin sur Vivacité. Les mêmes journalistes assure les 3 éditions matinales aux mêmes horaires sur la même fréquence (99.3 fm). Le slogan devient « VivaBruxelles, c’est capital ! ».

Néanmoins, le train de BXL est lancé. Il se lance…dans le mur. BXL doit faire face à un procès que lui intente un Boulevard Reyers qui s’estime plagié (BXL rappellerait le titre de l’émission BXXL sur Capitale, le slogan « BXL, la Cityradio » entretiendrait la confusion avec Vivacité etc…). Un procès que perd la RTBF !

Une identité bruxelloise…inexistante ?

Pour justifier le flop de BXL, RTL expliquera, dans Le Soir et La Libre du 13 janvier 2007, par l’intermédiaire de Jean-Jacques Deleeuw, patron de Bel et de BXL et de Mathieu Col, rédacteur en chef de BXL qu’il n’y aurait finalement pas vraiment d’identité bruxelloise commune à l’ensemble des localités de la Région. L’auditeur de Woluwe ne serait finalement pas intéressé par les mêmes choses que celui de Molenbeek… Collectionnant d’habitude les succès, RTL aura tout de même pris deux années pour s’en rendre compte.

Faites ce que je dis…

Accusant voici deux ans la RTBF de ne pas avoir compris les spécificités du public bruxellois en fusionnant ses stations de proximité dans Vivacité, RTL fait aujourd’hui le même chemin: elle fusionne BXL et Contact 2 dans Mint.

Gâchis d’argent public, retournements de vestes, le cas BXL me laissera un goût amer.

Un vrai plan de fréquences, qui redéfinirait le paysage radiophonique en privilégiant la diversité de projets crédibles, tant privés qu’associatifs devrait recevoir nos suffrages à tous. Promis depuis plus de 10 ans par les ministres PS et MR successifs, nous l’attendons toujours. Fondé sur des projets culturels, musicaux, informatifs mais aussi financiers durables, il permettrait des investissements courageux et assurerait la viabilité de programmes différents et audacieux, loins de la soupe habituelle. Allez Fadila, vous nous l’annoncez depuis 2 ans (pour 2004, pour 2005, pour 2006, pour 2007)… Démarquez-vous, maintenant qu’il est certain que vous ne serez pas échevine d’Anderlecht, on n’attend que vous !