Carte-blanche collective que j’ai initiée. Les intertitres ont été rajoutés par mes soins.

taser-cc-publik16

Ce 25 février, deux députés du Mouvement réformateur nous ont offert dans Le Soir un émouvant plaidoyer en faveur des « armes de neutralisation momentanée ». Derrière cette sympathique appellation : les pistolets électriques de type Taser et des pistolets à air comprimé munis de balles non pénétrantes. Cette prise de position est étonnante à plus d’un titre.

Alors que les citoyens commencent à payer le prix fort de la crise financière dont les causes sont à trouver dans les dogmes du libéralisme économique, le MR consacre sont énergie à nous expliquer quel serait l’équipement idéal des policiers. La droite utiliserait-elle une fois de plus la bonne vieille recette de l’insécurité pour détourner l’attention du citoyen de problèmes bien plus compromettants pour elle ? Ou bien le MR a-t-il un urgent besoin de parler d’autre chose que de ses dernières aventures du lutin de Lustin, Rudy Aernoudt?

A la colère plutôt qu’aux causes

A moins qu’anticipant d’éventuels mouvements de masse liés à la dégradation des conditions de vie des citoyens, les députés réformateurs qui voient dans le Taser « une alternative proportionnée entre la traditionnelle matraque de l’agent de police et l’arme à feu », anticipe déjà les moyens de réprimer d’éventuelles grèves ou manifestations. La matraque, c’est trop léger, l’arme à feu, ça ferait mauvais genre. La technologie de nouvelles armes de répression, par contre, ça fait du bien au moral. On hume le progrès social rien qu’à les admirer.

Le MR nous explique que le but de sa carte blanche est « de poser question, de créer le débat ». Il est vraiment difficile de croire que nous tenons là un enjeu crucial pour le bien-être collectif. Et nous n’osons croire que, ayant perdu l’électorat des petits actionnaires, le parti le plus à droite de l’échiquier démocratique tente aussi grossièrement de s’attirer les voix des policiers, agents de sécurité et autres gardes du corps pour le scrutin de juin prochain.

Mortel

policier-surequipe-davos-cc-cmicblogEn tout cas, les arguments « politiques » des hommes de Didier Reynders se retrouvent sur le site commercial de SMP technologies, le distributeur français du pistolet Taser. Cette société qui intente des procès (perdus d’ailleurs) contre ceux qui commettent l’outrage de dire que le Taser peut se révéler mortel. Cette même société qui est accusée d’avoir espionné illégalement Olivier Besancenot qui a justement remis en question le caractère non létal du joujou.

Non seulement la question de l’utilisation de ces nouvelles armes n’est pas une priorité dans les questions politiques à résoudre mais en plus, l’optimisme des réformateurs quant à l’innocuité des armes comme le Taser ressemble étrangement aux arguments publicitaires de ses vendeurs. Non, pour nous, il n’est pas question de balayer les cas de morts suite à son utilisation. Y aurait-il une seule victime de bavure au Taser que ce serait encore trop.

C’est sans doute pour équilibrer le débat que les auteurs de la carte-blanche pro-armement fournissent eux-mêmes les armes à leurs détracteurs : « l’utilisation du pistolet électrique s’est avérée mortelle aux Etats-Unis dans 230 cas sur 560.000 utilisations ». Plus d’un demi-million d’usages d’une telle arme, est-ce là bien un nombre qui illustre une utilisation « exceptionnelle et proportionnée à la menace » ?

Le modèle des députés bleus pointent les 928 faits de coups et blessures recensés à l’égard des fonctionnaires de police en Belgique en 2007. Un chiffre, qui reflète des situations pénibles pour des policiers mais qui, bizarrement, n’est lui pas mis en regard du nombre total de leurs interventions.

Qui a bu ?

Ne tournons pas autour du pot : les armes non-létales s’étalent littéralement à l’épreuve des faits. Il suffit que le citoyen contre qui elles sont brandies aient bu un verre de trop ou subisse un trouble psychologique et sa vie se trouve en danger. Utilisés à plusieurs mètres de distance, les Taser et autres ustensiles de ce type n’intègrent, malheureusement pas encore d’éthylomètre ni de modèle réduit de spécialiste de la santé mentale.

Si le MR veut diminuer le nombre de morts ou d’invalides inutiles dans notre pays, qu’il lorgne par exemple les questions de sécurité routière ou sur les conséquences de la pauvreté, y compris chez les travailleurs. C’est là que réside le plus grand taux de mortalité évitable. Et s’il veut lutter contre la criminalité, qu’il commence par doter le département des Finances du personnel suffisant pour traquer la grande fraude fiscale et sa horde de bandits. Et surtout, que ce parti fourre-tout arrête de nous prendre pour des truffes en lançant des débats périphériques mais dont les conséquences pourraient être … mortelles.

Thierry Bodson, Secrétaire général de la FGTB wallonne
Didier Brissa, Militant écosocialiste, UAG
Céline Delforge, Députée bruxelloise Ecolo
Pierre Eyben, Porte parole du Parti communiste Wallonie-Bruxelles
Catherine Lemaître, Conseillère communale Ecolo à la Ville de Bruxelles
Karim Majoros, Conseiller FGTB, militant Ecolo