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Comme tout gouvernement qui veut se faire respecter, Leterme II a lancé voici quelques semaines un enième plan d’embauche. Son nom, imaginé par des pros du marketing : le Plan Win Win. Un Win for life ? Pas pour la sécurité sociale en tous les cas !

Le Plan Win Win a été présenté par la Ministre de l’Emploi Joëlle Milquet avec la bénédiction du CDH, du PS, du MR, du CD&V et de l’Open VLD en décembre 2009. Qui oserait critiquer cela ? C’est la crise, non ?

En résumé : cette mesure se veut être un moyen d’augmenter le taux d’emploi en général, et en particulier celui de certains groupes cible (moins de 26 ans peu qualifiés, plus de 50 ans et de personnes qui sont chômeurs depuis au moins 1 an). En pratique, le demandeur d’emploi va chercher une carte de travail, signe un contrat, continue a recevoir une allocation de l’ONEM qui complète le salaire ridiculement bas versé par l’employeur.

37.591€ perdus pour la sécu

« On a tous à y gagner », comme le prétend le slogan de ce plan ? Non, la sécurité sociale perd des rentrées importantes. Dans les exemples cités sur le site du plan, les réductions de cotisations sociales montent jusqu’à 1566,30€ par mois. Et pour tout contrat signé en 2010, la durée peut aller jusqu’à 24 mois. J’ai fait les comptes : 37.591,20€ par travailleur…

Failles

Je note de nombreuses autres failles dans ce système :

  1. L’employeur ne doit pas prouver qu’il n’aurait pas engagé ou aurait moins engagé sans ces aides. Bien souvent, c’est seulement après avoir décidé d’engager un profil intéressant qu’il se renseigne sur les aides de l’Etat qu’il pourrait inscrire dans la colonne « recettes ».
  2. Rien n’oblige l’employeur à augmenter le nombre de travailleurs dans son entreprise. Il peut même lancer un grand plan de licenciement.
  3. Le patron peut licencier des travailleurs et en engager d’autres à tarifs bradés, en rédéfinissant un peu les fonctions. Théoriquement, cet effet d’aubaine est interdit car une plainte est possible. Je serais étonné que quelqu’un s’y risque. Plus cynique : l’employeur peut ré-engager à moindre coût un travailleur qu’il aurait viré 6 mois avant.
  4. La précarité du travailleur est au rendez-vous : pas d’obligation de contrat normal, à durée indéterminée.

Ajoutons que les fonctions occupées ne doivent pas avoir une quelconque utilité pour la collectivité. Un plan pour développer l’emploi public dans le social surchargé en période de crise ? On peut toujours rêver.

Tout ceci serait totalement irrationnel s’il n’y avait une ultime gagnante : la Ministre de l’Emploi (et le gouvernement fédéral), qui pourra faire croire que son action aura créé des milliers de postes de travail.