canette« Toute action de publicité ou d’information pour un établissement scolaire, qui s’apparente à de la réclame, sera interdite. » C’est pas moi qui le dit. C’est l’accord de gouvernement 2004-2009 PS-cdH à la Communauté française. Excellente proposition soutenue par les syndicats, des associations d’enseignants et des acteurs de l’alphabétisation.

Trois ans plus tard, ce lundi 9 juillet exactement, zéro pointé pour la majorité. Pas de décret à l’horizon. Des sommes considérables gaspillées chaque année, au détriment de la qualité de l’enseignement et au bout du compte, des écoliers et étudiants eux-mêmes. Au fait, pour quoi faire ? Ou plutôt pour ne pas faire quoi ?

On parle souvent de publicité à l’école. Mais rarement de publicité pour les écoles. Or, chaque fin de printemps et chaque été, c’est la même chenille qui redémarre.

Pas moyen de parcourir un quotidien régional sans croiser une annonce mal mise en page pour tel athénée proposant un dîner complet ou une septième maths. Impossible d’allumer sa télé locale, sans qu’un représentant commercial déguisé en journaliste nous invite à découvrir le « cadre exceptionnel » de telle école libre subventionnée non-confessionnelle ou les classes vertes de tel Collège-St-Truc. N’espérez pas vous réfugier en pressant le bouton de la radio. Telle Ecole supérieure pour Fils A Papa vous matraque de spots chantés. Sans oublier les bannières web et les suppléments de presse gratuite au contenu éditorial mal fichu mais toujours attrape-pub…

Combien cela coûte-t-il à la collectivité (via les subsides) ou aux parents (via les fancy-fairs  les minervals) ? Aucune donnée officielle n’est disponible. Mais vu le nombre de ces pubs, l’absence d’achats groupés d’espaces, même pour des instituts d’un même pouvoir-organisateur, on peut prudemment chiffrer le tout à plusieurs millions d’euros à l’échelle de l’espace Bruxelles-Wallonie.

Faut-il jeter la pierre aux recteurs, directeurs, préfets, pouvoirs-organisateurs ? Je ne le pense pas. Quand l’épicerie (l’école) d’à-côté lance un tapage publicitaire, dans un contexte concurrentiel, sans doute se sentent-ils obligés, craignent-il la perte de parts de marché (!). Pour eux, louper des inscriptions d’élèves, signifie à terme, voir leurs subsides diminuer. Bons pères / bonnes mères de famille, ils veulent préserver l’existence des sections, des options, des emplois (ou horaires complets) d’instituteurs ou d’éducateurs. Pour certains bahuts désertés, la pub donne simplement un espoir de répit ou de survie.

Au détriment de quoi l’argent de la publicité est-il pris ? Au niveau de chaque école, sans doute, sur les projets pédagogiques, visites dans les musées, billets de trains pour des excursions, temps de travail pour du personnel, par exemple de remédiation, matériel mis à disposition des élèves et étudiants, investissement dans l’isolation des réfectoires et salles de cours…

Qui paye ? L’élève, qui rate des opportunités pédagogiques ou les paie de sa poche ou de celle de ses parents. Et puis, tant dans le réseau public que dans le privé, c’est l’Etat qui paye via les subventions. Voilà pourquoi la Communauté française devrait empêcher tous les établissements de gaspiller l’argent public via la pub. Au niveau fédéral, ceci existe déjà pour les pharmaciens, médecins ou encore les avocats.

Imagine-t-on un instant à quel autre usage pourrait servir ce container de billet de billets de 5 euros ? En injectant l’argent de la pub pour les écoles dans une meilleure orientation des élèves, on aurait des services d’information indépendants des écoles et des réseaux, présents dans plus de villes et dans plus de classes. Sa base pourrait être un service de type SIEP, rénové, avec plus de collaborateurs et de moyens de publication. Parce que l’orientation a un impact, non seulement sur l’émancipation des futurs adultes, mais aussi sur les différents types d’économies ou la sécurité sociale.

Avec plus de moyens pour l’orientation, je pense qu’on éviterait des échecs scolaires, des manques de motivation, des choix pris à la légère et débouchant sur du décrochage, des abandons, des changements d’écoles, des années « blanches », des crises d’existence, des disputes familiales…

Allo, les Marie ? Marie Arena, pour l’enseignement maternel, primaire, secondaire et de promotion sociale ? Marie-Dominique Simonet pour le supérieur ?

Sur un ton publicitaire, je pourrais vous « vendre » l’idée comme ceci: « Mini pub, maxi info, mais l’école ferait le maximum ».

Et pour vous, quel est le pire slogan publicitaire pour une école que vous ayez entendu ou vu  ?