autrucheJ’aime la concertation, j’aime la participation. Mais je pense que quand toutes les données sont connues, quand tout ou presque a déjà été dit et écrit, mettre en place de nouvelles structures ou des conférences ne fait que reporter le traitement des problèmes. Ainsi, l’Observatoire des prix ou le Printemps de l’Environnement ne constituent pour moi que des temporisateurs. Après le blabla, à quand l’action ?

« Le Gouvernement installera un observatoire des prix, composé des instances nationales compétentes, qui examinera l’évolution des différentes composantes des prix finaux à la consommation. Le cas échéant, le Gouvernement prendra les mesures nécessaires. » La page 10 de l’accord du gouvernement Leterme 1er du 18 mars 2008 ne propose aucune action pour faire face à la diminution du pouvoir d’achat. Préciser « le cas échéant » vise clairement à mettre en doute l’existence d’un quelconque problème.

En effet, le gouvernement de droite (MR-VLD-CD&V-CDH-PS) semble vouloir éviter à tout prix de contrarier les grandes entreprises qui profitent de l’augmentation des matières premières pour accroître considérablement leurs marges. Plutôt que d’imposer des mesures directement, nos dirigeants reportent le traitement du problème. Ils envisagent de créer un « observatoire des prix », qui ferait double emploi avec le Service public fédéral Economie qui compile chaque mois l’indice des prix à la consommation.

L’index n’est certes pas parfait : la part des produits alimentaires ou du logement dans le « panier moyen » a diminué au court des dernières années alors que les prix augmentent, à l’inverse des GSM et autres lecteurs DVD, qui ne se mangent pas. Améliorer cet index pour le rendre plus social aurait permis aux allocations et salaires de coller d’avantage aux coûts de la vie d’aujourd’hui. Les gens devront se contenter d’un observatoire. Ce n’est pas avec cela qu’ils boucleront le mois.

Autre exemple : le Printemps de l’Environnement a été initié par une tentative de clone de Jean-Michel Javaux, profilé tout comme lui jeune, sympa et compétent, Paul Magnette en vue de chasser sur les terres d’ECOLO. Il constitue à mon sens un autre exemple de consultation inutile et non sincère.

En effet, l’initiative gouvernementale vise à consulter les « partenaires sociaux, ONG et associations de protection des consommateurs ». Or, une bonne partie de ceux-ci a mené une démarche de production commune de propositions concrètes pour faire face au réchauffement climatique, aux défis de la mobilité ou encore à ceux de la biodiversité. Un Pacte écologique belge, dont le bien fondé avait été unanimement reconnu par tous les partis démocratiques en 2007, et qui s’ajoute à une épaisse pile de nombreuses études et mémorandums très concrets comme l’avis-cadre du Conseil fédéral du développement durable de 2004, le Plan fédéral du développement durable 2004-2008, le plan Kyoto-Transport du SPF Mobilité-Transport de 2008, l’avis du GIEC etc.

Depuis le départ, les associations en question ne sont pas dupes. Elles connaissent le risque de ne servir que de caution participative à des décisions déjà ficelées et probablement très timides, alors qu’il y a urgence. D’une part, je note que la participation n’est pas véritable. Après quelques années de travail dans l’éducation permanente, je sais qu’une réflexion participative doit partir d’une feuille presque blanche. Les intervenants doivent décider  elles-mêmes du menu qu’elles commanderont.

Or, de l’aveu de Paul Magnette lui-même, « une première liste élargie de propositions de mesures a été élaborée par le cabinet du Ministre Magnette en concertation avec l’administration ». Et elle sert de base. Inutile de concocter ensemble les plats pour sauver la planète. La carte a été rédigée à l’avance par le gouvernement et il faudra se débrouiller avec, en somme.

Récemment, les organisations environnementales s’inquiétaient de « l’absence de mesures réellement environnementales dans le volet « Mobilité » de ce processus. Les mesures présentées par le ministère pour être discutées entre les participants s’avèrent en effet sans ambition et parfois même néfastes à l’environnement. ». Les assocs dénoncent le fait que les mesures concrètes comme celles contre les voitures de société ou pour une taxation au kilomètre n’aient pas pues êtres envisagées.

Je crains que le nombre de pages parlant d’environnement dans l’accord de gouvernement soit inversement proportionnel à la volonté de dégager des budgets à la hauteur des enjeux.

Dans un contexte de crise de confiance entre citoyens et politique, renforcé au détour des feuilletons Belgique sans gouvernement et BHV-Le retour de la momie,  il est bien entendu sain de vouloir créer des outils de dialogue. Mais je pense que le crédit accordé au politique serait plus grand si des mesures concrètes étaient prises sans tarder.