surcharge de mandats et bardafLe Moniteur belge de ce jeudi 14 août 2008 publie la liste des mandats des femmes et hommes politiques belges (disponible ici). Entre impossibles cumuls et oublis, le bilan n’est pas rose. La marge de progression vers plus d’éthique et d’efficacité reste importante.

Les 1118 pages de la liste portent sur les fonctions exercées en 2007. 9000 mandataires devaient remettre leur déclaration pour le 31 mars 2008. 650 ont séché : citons Ingrid Colicis (PS), Rudy Aernoudt (proche socio-économiquement de JM. Dedecker) ou Bernard Clerfayt (MR) ? Des personnalités se montrant pourtant très à cheval sur la transparence politique. Il faudra voir leurs éventuelles répliques : manque de timbre pour poster la déclaration ou manque de temps pour la remplir ?

D’autres ont fait leur devoir mais ont grossièrement oublié des mandats importants. Ainsi, ni Michel Daerden ni son fils Frédéric ne mentionnent leurs intérêts dans les bureaux de réviseurs DC&Co…

Le cumul des mandats n’est pas une question rhétorique. Avoir un mandataire qui a le temps de faire son travail au service de la cité n’est pas un luxe. Comment espérer un débat interne et non des attitudes dictatoriales dans un parti quand le président occupe des mandats conséquents et ne sait pas déléguer ? Comment espérer un minimum de recul dans la prise de décision quand on a le nez sur le guidon en permanence ? Bien entendu, présider le conseil de participation de l’école des ses gamins ne prend pas autant d’heures qu’être Ministre de l’Emploi.

Au niveau des présidents de partis francophones, le hit-parade donne Joëlle Milquet première. La maman du CDH avait 24 mandats en 2007, dont plus de la moitié liée à son échevinat de la Culture à la Ville de Bruxelles. Didier Reynders (MR) suit avec 18 mandats. L’homme qui parle à l’oreille des riches cumule 18 portefeuilles dont la présidence du golf de Bernalmont. Elio Di Rupo, ajoute à son papillon rouge 13 fonctions. Moins importantes en nombre, l’énergie qu’elles réclament est considérable : présidence du 2ème parti francophone et de son centre d’études, bourgmestre véritable de Mons… Enfin, comme le souligne la dépêche Belga, « les plus réticents face aux cumuls demeurent les écologistes ». Isabelle Durant a 4 mandats et Jean-Michel Javaux, 5.

Les conflits d’intérêts sont bien réels. Bien-entendu, le nombre de mandats ne constitue qu’un élément. Au hasard, choisir justement le bureau d’architecture dans lequel on a des billes quand on est échevin des travaux publics ou bourgmestre s’avère inacceptable.

Au niveau records, notons le député SP.A de Flandre occidentale Gunter Pertry avec 64 mandats, Etienne Van Varenbergh (Lennik 2000 – 53), les PS Freddy Thielemans (50), Bernard Toubeau (40 mandats), Jean-François Escarmelle (41), André-Gilles (32), Willy Demeyer (24), le VLD Herman De Croo (40) l’ancien ministre PSC-CDH Jean-Pierre Grafé (25). Le MR Olivier Chastel a cumulé jusqu’à 18 portefeuilles dont 13 payés. Voilà qui est rentable. Proportionnelemnt, certains font mieux et n’ont que des mandats rémunérés : Fadila Laanan (5 sur 5).

Jacques Forest collectionne pas moins de 51 mandats privés (P&V Assurances, Banque Nationale, Assuralia, CNP, Multipharma), ce qui pose aussi question.

Au-delà des listes noires et des amendes (1000€ max pour les contrevenants), la démocratie gagnerait à limiter davantage le cumul des mandats. Rémunérés ou bénévoles, des mandats nombreux ne peuvent exercés correctement par la même personne. Fixons un plafond : 38 heures/semaine sur base annuelle. Partageons le pouvoir entre plus de mains. Evaluons les structures pour ne pas dire les bidules et leur utilité. Certains pourraient aussi être supprimés.