peineQuelques jours après une tuerie dans une crèche à Termonde, des groupes et des pétitions pullulent sur Facebook et ailleurs. Des citoyens demandent le rétablissement de la peine de mort. Au-delà de la légitime émotion que suscite ce fait divers horrible, je l’étais et je le reste : contre la peine de mort, dans tous les cas.

Parce que :

  • Si l’Etat se fait criminel en tuant des gens avec sang-froid et préméditation, on ne voit pas pourquoi les citoyens ne deviendraient pas criminels à leur tour. L’Etat montre l’exemple, non ?
  • Ce n’est pas dissuasif. Les pays qui appliquent la peine de mort ne connaissent pas moins de crimes. Que du contraire. Et puis, les criminels n’étudient pas les conséquences de leurs actes à l’avance. Aux USA, en 2004, le taux d’homicides moyen pour 100.000 habitants : 5,71 dans les États avec peine de mort contre 4,02 dans les États sans peine de mort.
  • Je ne veux pas vivre dans un pays qui érige en statue le principe de la vengeance.
  • Les erreurs judiciaires ne sont pas réparables quand l’Etat tue un inculpé que tout accablait sous l’acharnement médiatique et judiciaire mais qui s’avère ensuite innocent. Pensons à l’affaire du pull-over rouge. Christian Ranucci, un soi-disant violeur et tueur de fillette, dernier condamné à mort de France en 1980. Au final, un coup monté pour trouver un coupable.
  • Les raisonnements du style « Å“il pour Å“il, dent pour dent » nous conduiraient à vivre dans un far-west.
  • Je trouve odieux les arguments économiques comme « la prison de haute sécurité coûte cher et nos impôts ne doivent pas payer pour cela ». De plus, c’est faux. Combien ça vaut, une vie ?

Je vais encore me faire des amis. Papa d’un enfant qui va à la crèche, comme presque tous les parents, je ne supporterais pas qu’on touche à ma progéniture.

Alors que j’étais encore petit, un parent proche a été assassiné. Un meurtre planifié pour faciliter un vol. Les voisins criaient, eux aussi, au rétablissement de la peine de mort, et même de la torture. Ça n’aurait pas fait revenir le membre de la famille tué. Ca n’aurait pas accéléré le travail de deuil. Pire, la brute que la police avait accusée s’est ensuite avérée totalement étrangère à cette histoire. Si la peine de mort avait été appliquée, non seulement ce pauvre con aurait été tué par l’Etat. Mais en plus, le vrai tueur aurait continué à courir dans la nature.

Je suis contre la peine de mort, cela n’exclut pas d’être choqué, d’être triste, d’être mal à l’aise. Ca n’exclut pas d’envisager une réforme de la Justice, plus de transparence sur les durées de peines de prison. Ni de repenser les programmes de reconversion des prisonniers. Il n’y a point de « monstres ». Ce serait plus simple mais, je le crains, il n’y a que des humains.

NB : Visiophones, badges ou codes d’accès pour protéger les enfants dans les crèches ? Réduire la vigilance des puéricultrices et des parents à de la technologie, quelle simplification, quel climat de méfiance dans les relations de confiance parents-puéricultrices qui se construisent au jour-le-jour…